Aider la Grèce à ne pas sombrer dans le chaos

Séance de questions d’actualité au gouvernement

André Gattolin est intervenu le 9 février pendant la séance de Questions d’actualité. Son interpellation portait sur la position française vis-à-vis de la situation financière et sociale de la Grèce.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Ministres,

Ma question s’adresse à Monsieur le Ministre d’Etat, Ministre des Affaires étrangères et européennes,

A l’heure où nous parlons, nous ignorons si un accord sera trouvé ce soir sur les conditions économiques posées à la Grèce par le FMI, la BCE et la Commission européenne en vue de l’obtention d’une ligne de financement devant permettre à ce pays d’éviter un défaut de paiement le 20 mars prochain.

Parmi les principales exigences de cette fameuse troïka, nous savons que, après les divers plans d’austérité déjà engagés ces derniers mois, figurent une baisse d’environ 20 % des salaires, une réduction de 15 % des retraites complémentaires et la suppression de 15 000 emplois publics.

Le tout dans un pays en récession depuis plus de 5 ans, et dont le PIB devrait, encore cette année, connaître un recul de 6 %.

Oui, les gouvernements grecs successifs ont de lourdes responsabilités dans cette situation.

Oui, la société grecque doit se réformer et se moderniser.

Ainsi l’Eglise orthodoxe, première fortune du pays, ne paie pas d’impôts, de même que la plupart des grands armateurs.

La Grèce est le pays d’Europe où les inégalités sociales sont les plus élevées. Et c’est contre toute logique aux populations défavorisées et aux classes moyennes que nous demandons aujourd’hui de régler la facture !

Les capitaux privés du pays ont déjà fui en masse vers Londres et surtout vers la Suisse ces derniers mois. Les banques suisses comptent ainsi 220 milliards d’euros détenus par des Grecs ne payant pas, ou pratiquement pas, d’impôts !

Et que proposent la France et son allié allemand ? Des recettes « façon FMI vieille école », celles-la mêmes qui dans les années 1970 ont précipité nombre de démocraties dans le chaos et parfois même la dictature !

Monsieur le Ministre, il n’est nul besoin d’être Prix Nobel d’économie pour savoir que la récession sans fin dans laquelle nous plongeons la Grèce par ces mesures, ne lui permettra pas de voir son économie redémarrer et que nous nous dirigeons tout droit vers de nouveaux plans de sauvetage lors des prochaines échéances de remboursement de sa dette !

L’Union européenne ne pourrait-elle pas, à l’instar de ce que les Etats-Unis viennent d’obtenir, forcer les banques suisses à lever le secret bancaire pour que l’Etat grec puisse réclamer son dû à une oligarchie nationale très peu soucieuse d’intérêt général ?

Ce serait là un vrai signe de solidarité à l’égard de la population grecque.

Comme ce serait aussi un signe de considération et de courage politique que le sommet de notre diplomatie fasse enfin le voyage d’Athènes et aille expliquer sur place les raisons qui conduisent notre gouvernement à soutenir des mesures, qui, aux yeux de l’opinion grecque, sont perçues comme aussi injustes qu’incompréhensibles.

 

Crédits photo : services du Sénat

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